C’est en 1945 que le commandant Jacques-Yves Cousteau et l’ingénieur Émile Gagnan déposèrent le brevet du scaphandre autonome COUSTEAU-GAGNAN.

Il s’agit alors d’un dispositif constitué d’une réserve d’air comprimé portative (composée de 1,2 voir 3 bouteilles en aluminium) équipé d’un détendeur à la demande qui en est la pièce maitresse (Photo 1).

Pour lancer sa commercialisation la société Air Liquide créera une filiale : la SARL Spirotechnique qui verra le jour le 26 Mai 1946.

 

Ce n’est quant 1955 à la sortie du Mistral que  le détendeur sera considéré comme un élément dissociable du reste du scaphandre autonome. Les plongeurs le dénommeront CG45 (abréviation de Cousteau-Gagnan 1945), dénomination qui restera jusqu’à nos jours.

 

Ce détendeur sera commercialisé de 1946 à 1955 en sachant qu’en 1955 il sera produit uniquement en version narguilé.

En effet, le CG45 est le seul détendeur double tuyaux de la marque qui soit convertible en narguilé et vis versa. Il suffit pour cela de supprimer le mécanisme du premier étage en le condamnant  avec un bouchon prévu à cet effet coté membrane puis en remplaçant l’étrier par un raccord basse pression ou le tuyau du narguilé pourra se raccorder.

 

La typologie et la chronologie des CG45.

 

J’ai divisé les CG45 en 2 types :

  • Le CG45 à gamelle archaïque  (1946 – 1950) qui est le plus rare.

  • Le CG45 à gamelle standard (1949 -1955) qui est le plus commun.

Les CG45 à gamelle archaïque

Les CG45 à gamelle archaïque se reconnaissent  à leurs fines tubulures d’un diamètre de 20 mm et plus particulièrement à celle d’expiration qui est coudée à 45°  (cliquez sur photo 2).

La raison en est simple : sur les premiers scaphandres le détendeur était monté derrière la bouteille et ce coude permettait de ramener le tuyau annelé à l’avant sans le cintrer (cliquez sur la Photo 3). Malheureusement ce positionnement exposait le détendeur aux chocs lors de chute et plus grave encore en plongée,  en soumettant les tuyaux annelés aux roches ou aux tôles coupantes des épaves …

Cette configuration sera rapidement abandonnée pour ramener le détendeur entre le plongeur et la bouteille afin de le protéger, ne nécessitant plus de couder la tubulure d’expiration.

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Photo 1
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Photo 2
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Photo 3

Les modèles archaïques se regroupent en 3 versions :

  • Les sans plaque constructeur

  • Les grosses plaques SARL

  • Les petites plaques SARL

Elles se répartissent chronologiquement ainsi :

Les premiers CG45 sans plaque constructeur.

Dans un premier temps (en 1946) le numéro de série était estampillé directement sur la gamelle d’expiration (Photo 4) puis par la suite au dos sur le corps HP (Photo 5) juste à coté de l’étrier, les détendeurs de cette période date de 1947 et 1948. 

Je n’en connais que 3 exemplaires : le numéro de série 150, 516 et 568. Cette variante est donc très rare. Ces premiers détendeurs étaient vendus avec un embout FERNEZ métallique pour les tout premier de 1946. En photo 6, l'image présentant le détendeur dans le catalogue de 1946.

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Photo 4
Photo 5
Photo 6
Porfolio du N°568

La grosse plaque constructeur SARL

 

En 1948 est apparut la première plaque constructeur appelée grosse plaque SARL.

Il y a eu probablement une période de transition alternant détendeurs avec ou sans plaque.

Cette hypothèse est basée sur le faite que j’ai retrouvé le N° 537 (cliquez sur la photo 7) avec plaque et  le N° 568 sans plaque mais avec le numéro de série estampillé sur le corps HP.

Le CG45 à grosse plaque SARL est commercialisé avec un large embout caoutchouc  réalisé par GODEL pour la Spirotechnique (Photo 8).

À noter que le numéro de série 864 se termine par la lettre N. Il est monté en narghilé donc peut être N pour narghilé....

(Photo 9 et 10)

 Ce détendeur proviendrait de l'arsenal de l'Orient. On ignore la raison de la présence de cette lettre, cependant même si à ce jour c’est le seul grosse plaque SARL connu avec cette particularité on peut supposer qu’une petite  série à été éditée.

Le plus gros numéro de série d’un CG45 grosse plaque SARL connu à ce jour est le N°1097 ce qui signifie qu’une quantité d’environ 550 /600 unités a été produite cependant mes recherches m’ont permis d’en retrouver que 9 à travers le monde, ce qui en fait un des détendeurs les plus rares et des plus recherchés par les collectionneurs. En photo 11, l'image présentant le détendeur dans le catalogue de 1948.

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Photo 7
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Photo 8
Photo 9
Photo 10
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Photo 11

Vous trouverez en diaporama les 9 grosses plaques de collections privées que j'ai trouvé à ce jour à travers le monde: les numéros 537 - 631- 684 - 763 - 835 - 864N - 941- 970 - 1097 (cliquez pour agrandir les photos)

La petite  plaque constructeur SARL

 

En 1949 apparaît le CG45 à petite plaque SARL, il se décline en 2 variantes :

 

-Celle avec la gamelle archaïque qui est toujours produite mais l’embout caoutchouc GODEL est remplacé par un embout métallique droit  de type Fernez (Photo 11).

 

-Celle avec la première gamelle standard (Photo 12) comportant une configuration dite PRO (professionnel). Elle a été spécialement mise au point pour le tout nouveau vêtement à volume constant mis au point par la Spirotechnique : la combinaison PHOQUE (Photo 13).

Sur cette gamelle les tubulures ont un diamètre plus important puisque l’on passe de 20 à 25mm en sachant que celle d’expiration n’est plus courbée. Elles disposent de raccords filetés soudés à l’étain qui permettent non seulement d’équiper le détendeur du fameux embout PRO mais aussi de désolidariser facilement les tuyaux annelés au niveau de la gamelle ou de l’embout qui reste rattaché à la cagoule du vêtement phoque.

À l’heure d’aujourd’hui le plus petit numéro de série d’un CG45 petite plaque SARL connu est le N°1137 et le plus gros N°1871, soit une production  estimée d’environ 750 à 800 unités. Malgré cela je n’ai réussi à recenser à ce jour qu'une vingtaine d'unités à travers le monde.

Un détail important, les premières unités à petite plaque SARL étaient monté "à la grosse plaque", c'est à dire verticalement, la longueur de la plaque perpendiculaire aux tubulures (Photo 14). Ce n'est probablement qu'à partir de 1950 (autour du numéro de série 1200) que les plaques seront fixées horizontalement  (Photo 12). En photo 15, l'image présentant le détendeur dans le catalogue de 1950.

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Photo 11
Photo 12
Photo 13
Photo 14
Photo 15

Diaporama de quelques CG45 petites plaques SARL trouvés dans diverse collections

(cliquez pour agrandir les photos).

La petite  plaque constructeur SA

 

En 1951pour répondre à la demande de production du scaphandre autonome Cousteau-Gagnan le status de la Spirotechnique passe de SARL à SA.

On voit donc apparaître une nouvelle petite plaque constructeur avec la mention SA LA SPIROTECHNIQUE.

La fabrication de la gamelle de type archaïque est abandonnée au profit d’une nouvelle variante en parallèle de la version standard PRO, que j’ai nommé version standard (Photo 16 et 17).

En apparence similaire à la PRO elle s’identifie par l’absence des raccords filetés à l’étain sur les tubulures et par un nouvel embout métallique droit plus court que le type Fernez de 1949. Cet embout sera conservé lors de la sortie du détendeur Mistral en 1955 et sera appelé par la suite « embout D10 » terme repris à la référence du Mistral standard du catalogue spirotechnique de 1962.

J’ai retrouvé à ce jour des CG45 avec petite plaque SA  inclus entre le numéro de série N°1960 à N°6194.

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Photo 16
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Diaporama de quelques CG45 en version plaque SA 

(cliquez pour agrandir les photos)

Photo 17

Ces CG45 se divisent en 2 groupes :

 

  • Le premier groupe se compose des détendeurs ayant des numéros de série estampillé avec des chiffres grossiers (à ce jour incluant les numéros de série N°1960 à N°5127)

      On y retrouve majoritairement des détendeurs montés en étrier car les versions narguilé étaient produites uniquement       à la demande pour les professionnels.

On y retrouve 2 variantes :

  • Une série produite en 1951, avec au moins 175 unités portant un numéro de série se terminant par la lettre M (du numéro de série 2542M au 2717M avec certitude). On ignore la signification pour l’instant, mais probablement une série pour la Marine. (Photo 18)

  • Une autre variante avec au moins 62 unités de détendeurs sera produite en 1953 avec la plaque dite « montée à l’envers » (Photo 19) (du numéro de série 4166 au 4228 avec certitude) Cette appellation vient du fait que si l’on grée le CG45 normalement (tubulures orientées vers le haut) la plaque apparaît  à l’envers. Il ne s’agit pas d’une erreur de montage en usine comme je l’ai lu sur certain forum de discussion. Cette série est prévue pour être gréé les tubulures vers le bas afin d’augmenter la protection des tuyaux caoutchouc (Peut-être pour un usage en spéléologie). Bien sûr en respectant cette configuration la plaque apparaitra à l’endroit. Ce montage sera même reprise plus tard par le fabriquant espagnole Nemrod sur le détendeur Snark III à étiquette noire (Photo 20).

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Photo 18
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Photo 19
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Photo 20
  • Le second groupe de CG45 à plaque SA est  une dernière série produite en 1955. Elle se compose probablement de 1000 unités comportant exclusivement des CG45 en narguilé ayant la particularité d’avoir un raccord basse pression coudé, contrairement aux narguilés antérieurs qui ont un raccord dans le prolongement du corps HP.

       De plus, leur numéro de série est estampillé de chiffres fins comme ceux utilisés sur les détendeurs Mistral à partir de            1957.

       Cette hypothèse s’appuie sur mes observations effectuées dans des collections privées et de musées, allant du numéro          de série 5206 au 6194 inclus, en sachant que ce dernier est le plus gros numéro de série connu à ce jour pour un                      détendeur CG45.

       On peut donc supposé que la production totale de CG45 s’élève au alentour de 6200 unités… Combien en restent-ils ?              Difficile à dire mais comme j’en ai retrouvé  72  actuellement dans des collections privées après une bonne dizaine                    d’années de recherche je pense qu’en étant optimiste il ne devrait pas en rester plus de 200/250 unités à travers le                    monde.

Diaporama de quelques versions tardives de 1955 en version narguilé 

(cliquez pour agrandir les photos)

Regardons un peu les cas particuliers maintenant.

 

Il faut se mettre dans le contexte de l’époque, nous sommes au balbutiement de la plongée sous-marine et il ni y a pas encore de norme comme aujourd’hui, tout est à mettre en place.

Les CG45 subissaient souvent des modifications en fonction du vécu de son propriétaire.

Ils pouvaient subir des transformations dans le but de le réparer, d’améliorer ses performances ou simplement de le personnaliser.

Il faut comprendre aussi que les plongeurs pionniers, souvent constitué d’anciens militaires, étaient très attachés avec fierté au numéro de série de leur détendeur.

Ce dernier symbolisait leur hiérarchie dans l’ancienneté des plongeurs.

C’est probablement par cette tradition que la Spirotechnique a longtemps mis en avant sur ses détendeurs leur numéro de série en évidence sur une plaque constructeur alors que la fonction première de celui-ci est de permettre un suivi après-vente.

Cet attachement à un petit nombre de série et toujours d’actualité de nos jours dans le monde des collectionneurs : par exemple un Mistral avec l’adresse COGNACQ JAY a plus de valeur sentimentale et marchande avec un numéro de série à 2 ou 3 chiffres qu’avec 4… et pourtant ils datent tous de l’année de production de 1955.

 

Les CG45 à gamelle standard  sans plaque constructeur. 

 

Les bouteilles de plongée à cette époque n’avaient pas de culot et par conséquence elles ne tenaient pas seule debout… engendrant de nombreuses chutes et des déformations des gamelles des détendeurs, obligeant leur propriétaire à procéder à leur changement.

La Spirotechnique vendait à cet effet dans sa liste des pièces détachées des gamelles… mais sans la plaque constructeur qui était juste installée sur la gamelle du détendeur neuf.

C’est la raison pour laquelle on trouve pas mal de CG45 dont la casserole de la chambre humide ne comporte ni plaque, ni les 4 petits trous des rivets d’une plaque partie.

Il ne s’agit en aucun cas de CG45 dit militaire ! Il ne faut pas non plus les confondre avec les CG45 archaïque de 1946 qui ont leur numéro de série gravé sur le corps HP.

Le problème de ces CG45 c’est qu’ils sont impossibles à dater précisément en l'absence du numéro de série.

Diaporama d'un CG45 sans plaque 

(cliquez pour agrandir les photos)

Les CG45 archaïque sans plaque constructeur et sans numéro de série estampillé sur le corps HP.

 

Il s’agit simplement d’anciens détendeurs à plaque SARL !

Idem que le cas cité précédemment, suite aux aléas des plongées la casserole à du être changée.

Je n’en connais qu’un seul exemplaire exposé au musée Dumas à Sanary, il est monté en narguilé (Photo 21).

 

Les CG45 à grosse plaque SARL montés en gamelle standard et configuration PRO.

 

Il s’agit simplement d’une montée de version faite par le propriétaire de l’époque.

En effet la particularité du détendeur CG45 est d’être convertible et modulaire : 

On peut changer la gamelle arrière et la buse d’expiration archaïque contre une buse  standard PRO sans soucis d’adaptation ! 

Cela permettait d’adapter ainsi le détendeur à un usage avec le volume constant PHOQUE.

 

Le CG45 numéro de série 516.

 

Pour finir, voici probablement le plus bel exemple montrant la complexité pour dater certain détendeur CG45.

Au premier abord nous sommes en présence d’un  « petite plaque SARL » à gamelle archaïque équipé du rare et mythique embout FERNEZ de 1946. On peut en déduire qu’il date de 1949 car sa plaque est fixée verticalement " à la grosse plaque", c'est ainsi que je nomme les plaques qui sont montées avec la longueur parallèle à la base de la buse d'expiration, à la manière des grosses plaques SARL. 

Après 1949 toutes les petites plaques SARL ou SA retrouvées apparaissent horizontale lorsque l'on grée le détendeur sur le bloc, formant un angle à 45° par rapport à la base de la buse d'expiration. 

En l’observant plus attentivement on s’aperçoit que son numéro de série est le 516, ce qui n’est pas logique dans la chronologie établie précédemment.

En retournant le détendeur on s’aperçoit que le numéro de série a été estampillé à la base du corps HP. 

Nous sommes sans aucun doute devant un ancien CG45 sans plaque de 1946, d’où l’embout Fernez. 

Que lui est-il arrivé ? Je pense que simplement son ancien propriétaire a voulu lui mettre une plaque constructeur. Etant donné que la plaque est rivetée et le numéro de série est poinçonné  « à la Spirotechnique » je pense qu’il s’agit d’une demande particulière faite pour une personnalité de la plongée.

Après réflexion il est évident que cette modification date du début de l’année 1949, à un moment où la Spirotechnique n’avait pas encore choisi le positionnement de la petite plaque constructeur sur la gamelle de façon à ce qu'elle soit horizontale.

  

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Diaporama du CG45 N°516

 (cliquez pour agrandir les photos)

Photo 21

Restauration de mon CG-45 "version standard" 

avec petite plaque SA

N°3783

Démontage du bloc

Remontage du bloc

Seconde restauration terminée le 8 Mars 2016 avec la reception de la gamelle partie en rechromage le 28 Janvier. Mon CG 45 N°3783 fait "peau neuve". Prêt pour de nouvelles aventures, un peu comme la Calypso prochainement, enfin je l'espère de tout coeur.

Je vous présente ici la restauration du CG45 N°5002 de mon ami Stéphane Eyme.

Du bon boulot fait avec passion .

Description du fonctionnement du CG-45

Ce détendeur permet d'offrir  de l'air en quantité suffisante, détendu automatiquement au niveau des poumons du plongeur.

Sa position dorsale assure un confort respiratoire maximum, la membrane se trouvant à la hauteur des bronches.

Il se compose de deux étages de détente. Le premier étage transforme la haute pression en une pression intermédiaire (dite moyenne pression) d'environ 11,5 bars  Le second étage fourni à la demande, de l'air à la pression ambiante régnante à n'importe quelle profondeur.

Sa facilité d'utilisation élimine efficacement le risque d'essoufflement.

Sa conception ne peut provoquer un manque d'air, son circuit ouvert à l'expiration, conduit les bulles hors du champs de vision.

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Schéma de principe du CG-45

Je tiens à remercier les personnes qui ont participé de manière directe ou indirect à l'élaboration de cette page.

Et plus particulièrement Jacques Chabbert, Philippe Rousseau, Stéphane Eyme, Thierry Lafitte, Adair Ribeiro, Jean-Yves Tourbin et David L Dekker.

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